Entrevue : Festival SOIR, la deuxième édition.

Ce vendredi 11 août, le festival déambulatoire SOIR prendra d’assault la rue Beaubien avec une solide programmation multidisciplinaire, pour une deuxième édition. Dès 17 h, artistes émergents en tout genre vous offriront diverses prestations et expositions dans les commerces de l’artère. 

Entrevue avec les organisateurs du festival ; Catherine Bilodeau et Thomas Bourdon.

*méch20615138_10155557301597640_81617061_o

Crédit photo : Lily Pinsonneault

*

SOIR, c’est quoi ? C’est qui ?

SOIR c’est vraiment plein de choses ;

Officiellement, c’est un organisme à but non lucratif qui vise à diffuser le travail des artistes dits « émergents » dans des contextes et lieux alternatifs, ainsi que de créer un réseau multidisciplinaire au sein de la relève.

Officieusement, c’est au départ Catherine Bilodeau et Thomas Bourdon, en quête de quelque chose à faire et de voir se réaliser un événement à l’image de leurs idéaux et de leurs trips. Ou présenter le travail de la multitude d’artistes autour de nous qui sont pleins de talents, mais qui peinent à trouver des plateformes accessibles et le fun pour se présenter. On voulait présenter quelque chose d’accessible et de simple, d’un peu naïf et chaotique, mais aussi de sincère et d’intéressant.

SOIR, le festival, c’est une foire nocturne d’arts émergents, qui se passe à l’intérieur des commerces et établissements de la rue. C’est un rendez-vous éclectique et surprenant, très intense et condensé, comme tout se passe en une nuit.

*

20629027_10155611611818928_2024051962_o

Crédit photo : Les Huard

*

En quoi encourager les artistes émergents c’est nécessaire pour Montréal selon vous ? Et encourager un ratio 50/50 d’artistes femmes et hommes ?

Le milieu de la culture, c’est vraiment un endroit déboussolant quand on commence, alors on essaie autant que possible de créer un endroit accueillant et simple où les gens ont une bonne liberté de création et d’expression, et qu’ils puissent entrer en contact avec des gens qui ne les auraient jamais vus autrement. On veut aussi (plus que tout) que les gens se parlent et que SOIR soit un lieu d’échange et de rencontres, entre les artistes de la relève, les artistes de différentes générations, la communauté et l’art, les commerçants, et tout le reste.

Pour ce qui est du ratio 50/50, on y est presque arrivé pour Beaubien cette année, et à compter de l’an prochain ce sera mandataire. Ça relève de l’évidence pour nous d’atteindre au moins la parité dans la programmation, comme il existe tellement d’événements ou ce n’est pas le cas. On finit par ne même pas s’en rendre compte, sauf quand quelqu’un le souligne ! Éventuellement, on travaille très fort pour être le plus inclusif possible envers tous les gens qui sont sous-représentés dans le milieu culturel (femmes, personnes racisées, personnes non binaires, gensses de toutes les orientations sexuelles, personnes avec un handicap). On essaie tant bien que mal de tendre vers ça, mais on a tellement de chemin à faire et il y a plus d’obstacles à créer des ponts qu’il n’y paraît !

*

D’où vous est venue l’idée d’un festival déambulatoire et multidisciplinaire ?

C’est à la base Catherine, suite à de nombreux voyages en Cali et dans la Bay Area, qui a eu envie de recréer un événement super cool qui se passe à Oakland et qui s’appelle les First Fridays. Ça a commencé de manière spontanée et « grassroots », où les artistes se sont imposés dans la rue et les trottoirs, présentant leur art, leur musique, etc. Éventuellement, les galeries sur la rue ont ouvert leurs portes, et aujourd’hui c’est un super gros événement mensuel, festif et convivial, qui rassemble toute sorte de monde. On a voulu transposer ça à Montréal.

Pour le côté multidisciplinaire, c’est à la fois pour présenter le travail d’un maximum d’artiste, parce qu’on a construit la programmation au fil des rencontres, parce que ce ne sont pas toutes les disciplines qui entrent bien dans tous les types de commerce. C’est surtout parce qu’on a remarqué qu’il n’y avait pas, peu ou pas assez de dialogue et de collaboration entre les artistes des différentes disciplines. Nous croyons très fortement à la pertinence d’un tel mariage, autant sur le plan artistique que personnel, en considérant que les artistes émergents peuvent juste ressortir gagnant de cette collaboration.

*

20623690_10155611611738928_1147450090_o

Crédit photo : Flamme

*

Comment choisissez-vous vos artistes et partenaires ?

C’est à la fois dans notre entourage, des références, des choix personnels, des coups de cœur, des gens qui ont répondu à notre appel de projets ! Souvent, je dirais que le contact humain et la « connexion » sont des points vraiment importants pour s’associer avec des gens ou des organismes. Après ça, dès que les missions et valeurs se rejoignent, c’est généralement un bon match. Sinon, la force des choses et le hasard changent beaucoup la donne. C’est arrivé quand même souvent qu’une personne rencontrée par hasard dans un bar soit dans le fond super chill et qu’une belle collaboration en naisse ! On procède aussi de façon plus formelle en approchant directement les gens.

*

Pour un festivalier qui n’a que deux heures pour parcourir la rue Beaubien, qu’est-ce qu’il ne doit absolument pas manquer ?

La programmation est conçue pour que quelqu’un qui court vraiment vite ait le temps de tout voir (joke). On a pensé le festival principalement en trois volets. De 17 h à 21 h, ce sont les expos — photo, sculpture, peinture, collage, toutes les pratiques reliées de près ou de loin aux arts visuels. Je pense qu’en 1 h ou 2 c’est possible de tout voir et de tout apprécier.

Après, ça se corse et c’est sûr qu’il faut faire des choix. C’est dur pour nous de dire des « préférés » ou des choses plus importantes à voir, comme tout l’est. Je pense aussi que ça peut être une expérience cool de juste déambuler sur Beaubien (et un peu Saint-Laurent) et d’entrer au hasard dans les différents spots. Beaucoup de gens ont vécu le festival de cette manière et c’est très cool, c’est surprenant et bizarre. Je crois que je vais mettre l’emphase sur quelques événements qui pourraient peut-être passer un peu « sous le radar » (parce qu’ils sont plus loin, plus tôt, moins promus, etc.)

            À 16 h 30, dans l’Église Saint-Édouard (pas au sous-sol, mais à l’intérieur), il y aura une « messe de jour » super poétique par plusieurs artistes sonores, musiciens contemporains, compositeurs, avec notamment N NAO, une amie chère à nous qui fait du « shoegaze floral » pour reprendre ses mots. C’est un peut tôt, mais je pense que ça vaut vraiment la peine d’aller voir ce truc, c’est rare qu’on peut apercevoir ce genre de contexte.

            Sinon, tout de suite après le show, il y a, au sous-sol, Le Havre et Julien Sagot. Deux ensembles vraiment cool, dont notamment la formation solo d’un ancien membre de Karkwa (Julien), qui fait maintenant des trucs un peu plus pétés et vraiment intéressants.

            Aussi (et finalement), un petit show de ruelle aura lieu derrière la Brasserie Beaubien, dans une vraiment jolie ruelle, avec Ada Lea, Mr Walter et Mort Rose. C’est gratuit, dehors, il va faire beau, c’est très cool.

*

20629902_10155611611963928_143175735_o

Crédit photo : Les Huard

*

Pour les arts vivants, je pense que la lecture double des éditions de l’Écrou et de Catherine Cormier-Larose, des productions Arreuh, qui mettra en scène une quinzaine de poètes, va vraiment être incroyable. L’année dernière, le volet poésie avait littéralement débordé dans la rue tellement c’était un succès.

Le bureau de l’APA au Nouveau Système va vraiment être funky et fou, bien que sûrement plein à craquer.

Les Bénés, une troupe de théâtre féminine, va se promener un peu partout dans le festival avec des monologues et des performances qui ridiculisent un peu les codes du festival. 

Au Plougastel, il y a Langue à Langue, un événement mêlant deux disciplines, slam et humour. Un mix intéressant et pas assez exploité !

Le Home Run, un cool festival dans Villeray qui se produit à l’intérieur des appartements, présentera son coup de cœur de cette année dans un appartement de la rue Beaubien.

Je vais m’arrêter parce que je pense que j’étais parti pour tout nommer, mais bref ! Tout est à voir !

*

Comment ça se passe en général la relation commerçant/artiste et avec le public ?

Ça se passe super bien ! Tous les commerçants sont très heureux de l’initiative puisque ça aide à faire connaître le coin et crée de belles découvertes. Cette année, parallèlement au parcours artistique, on a conçu un parcours « gourmand », ou de commerçants, et chaque commerce participant mettra une spécialité en valeur et en rabais pour les festivaliers. On invite fortement les gens à s’amener du petit change pour essayer tous les trucs fous qui seront offerts (entre autres des maïs grillés à la mayonnaise aux fourmis lol).

*

Pour la première édition de SOIR dans Hochelaga-Maisonneuve, y a-t’il des enjeux différents dans l’organisation d’un évènement artistique du genre ?

Complètement. Premièrement, ça se déroule sur deux rues, et dans un territoire et une réalité que l’on connaît moins intimement. Deuxièmement et surtout, socialement, ce n’est pas du tout les mêmes enjeux auxquels on est confrontés. On a encore à ce jour beaucoup de difficulté à se positionner et faire les bons choix pour éviter de contribuer à la gentrification du quartier. On est super conscients de ces enjeux et on essaie de parler à un maximum de gens possible pour bien saisir les multiples facettes de la question et transposer ça en un événement inclusif et à l’image du quartier. On espère que ça va fonctionner, parce que la demande était très forte pour faire un SOIR dans le coin !

 


 

Le festival SOIR c’est ce vendredi 11 août, de 17 h à 3 h, sur la rue Beaubien et ses environs.

AYE MAG y exposera le travail de Ryan Lebel, Victoria Gravel et Josni Bélanger au Moustache Café dès 17 h.

Pour la programmation complète : SOIR MTL

Pour l’évènement Facebook : SOIR 2017 – Rosemont La-Petite-Patrie