THE WOMANHOOD PROJECT: ALEX

Through a series of interviews and portraits WOMANHOOD explores different aspects and complex issues related to womanhood with a more intimate view.    More about the project here.

Je me suis sentie trahie par mon poids et ses formes exagérées. Une féminité imposée qu’aucun miroir ne me permettait de fuir. Ça m’arrive encore de me demander quel genre de personne pourrait bien vouloir de moi.

NOM: Alex

ÂGE: 23

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Quand j’étais une mini-chose, j’étais obsédée par les personnages androgynes à la télé, surtout de dessins animés ou de jeux vidéos. J’étais attirée par leur mystère, et la confusion d’être à la fois séduite et envieuse de leur capacité caméléon à se fondre dans un genre ou dans l’autre.

 

S’il y a une image qui m’est restée de mon adolescence, c’est d’avoir passé des heures devant le miroir de la salle de bain, à scruter le haut de mon corps devant la glace trop haute. Un éclairage vert, des jeux de réflexion. Compter les visages qui apparaissaient quand je pliais les miroirs en paravent. Jouer dans le maquillage de ma mère, pour empiler le gloss à outrance, ou couvrir mes lèvres de poudre, pour avoir l’air plus androgyne. Je me rappelle avoir fantasmé à l’idée de presser mes seins sous des bandages. Faire ablation de certaines parties de mon corps, dans l’intimité.

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À l’époque, mon corps était petit, nerveux, affamé. Mutilé, aussi. J’étais incapable de chasser l’image de mon sur-poids prépubaire, même à mon plus maigre. J’avais dans l’idée que pour affirmer une identité androgyne, je devais ressembler à ce que je voyais à la télévision. Être mince, filiforme. Un corps passe-partout, qui pourrait disparaître sur commande.  

 

Puis j’ai commencé à prendre la pilule. J’ai vécu des choses difficiles. Et mon corps s’est mis à changer rapidement, sans arrêt. Mes seins sont devenus lourds et gênants. Mon ventre et mes cuisses ont enflé. Je me suis sentie trahie par mon poids et ses formes exagérées. Une féminité imposée qu’aucun miroir ne me permettait de fuir. Ça m’arrive encore de me demander quel genre de personne pourrait bien vouloir de moi.

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Dans ce temps-là, j’essaie de me parler.

 

Parce que les mots dont je dispose aujourd’hui pour exprimer mon identité, mon rapport aux genres n’existaient pas avant… Et ça fait moins de dix ans. De voir à quel point le vocabulaire et les représentations qui revendiquent ce que je suis ont évolué aussi rapidement, ça m’épate. C’est important, c’est nécessaire. Et c’est un langage qui ne finit jamais de grandir.

 

Les bons mots m’ont permis de combattre mes troubles alimentaires, de redéfinir ma féminité. De prendre soin de mon corps et d’en apprécier les changements continuels. De changer mon rapport à la sensualité, d’exiger une sexualité respectueuse, consensuelle. C’est gros en crisse.
Je crois en la force de la représentation. Et je crois aussi qu’en me montrant vulnérable, qu’en choisissant les bons mots, je peux devenir pour certaines personnes cette présence dont j’aurais eu besoin. Je veux que les gens comprennent que c’est correct d’y aller à tâtons dans son identité. Parce que si y’a une chose que j’ai finalement comprise, c’est qu’il n’y a pas de mauvaise manière d’exister.

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Project created by Sara Hini & Cassandra Cacheiro

Photography: Cassandra Cacheiro

Creative Direction: Sara Hini