THE WOMANHOOD PROJECT: Julie Artacho

Through a series of interviews and portraits WOMANHOOD explores different aspects and complex issues related to womanhood with a more intimate view.    More about the project here.

 

 J’ai décidé que j’avais perdu beaucoup trop de temps à ne pas m’aimer.

NOM: Julie Artacho

ÂGE:  33 ans

Julie

Depuis que je suis enfant, j’ai toujours été la plus ronde. Je viens d’une famille où tout le monde est grand et costaud et je n’y ai pas échappé. Je voyais bien la différence, mais je ne m’en faisais pas tant que ça enfant. Ma mère était un peu ronde et elle était aussi professeur d’éducation physique, j’avais donc un modèle de femme différente de la « norme ». mais en santé.

C’est en grandissant que j’ai senti la différence de mon corps, à l’adolescence où je me suis retrouvée dans un désert de modèles qui me ressemblaient. Nulle part on me disait que je pouvais être belle, aimée, désirable. Le cinéma et la télévision nous présentent la femme ronde comme l’amie, une fille drôle ou une baise honteuse dans un abus d’alcool, une erreur de passage. Dans une société qui nous enfonce jusqu’au fond de la gorge le fait que d’être belle et désirable est ce qui nous détermine et nous donne de la valeur, je me suis un peu distancée de tout ça en croyant que l’amour et que d’être le premier rôle de ma propre existence n’étaient peut-être pas pour moi. J’ai plutôt choisi d’être l’amie et la fille drôle.

Jusqu’à la mi-vingtaine, où j’ai réellement commencé à vouloir exister en tant que femme. M’émanciper de tout ça, de cette norme dans laquelle je ne serai jamais. Avoir moi aussi le droit de me trouver belle et désirable et surtout accepter que je puisse être belle et désirable aux yeux des autres.

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J’ai décidé que j’avais perdu beaucoup trop de temps à ne pas m’aimer.

Je suis grosse.

Je ne plairai jamais à tout le monde.

Les gens vont continuer à me juger sans me connaître, ils voudront me dire ce que je devrais porter et ne pas porter.

Et ce n’est pas tout le monde qui sera game d’assumer ses désirs envers moi.

Je suis grosse et j’aime mon corps.

J’aime mes cuisses, j’aime mon cul, j’aime mes seins un peu asymétriques, j’apprivoise mon ventre et mon nombril qui fait un sourire triste, j’aime mes cheveux, j’aime la forme de mes yeux, j’aime ma bouche. J’aime apprendre à habiter mon corps et à en prendre soin. Chaque jour comporte ses défis, comme tout le monde, mais je n’ai plus jamais envie de m’invalider à cause de mon corps.

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En vieillissant, j’ai réalisé que les gens qui réagissaient le plus à « mon corps » étaient souvent de parfaits inconnus. Des femmes complexées qui regardent mon corps comme si c’était le leur et s’autocritiquent à travers moi. Des femmes qui ne se donnent pas le droit d’être et qui ont de la difficulté à accepter que quelqu’un qui représente leur pire cauchemar en termes de corps arrive à se sentir bien.

Il y a aussi ces hommes qui critiquent et insultent. Des hommes qui au fond te disent que eux, ils ne te désirent pas. C’est souvent ça le sous-texte des insultes des hommes. Et je n’ai plus à évaluer ma valeur en fonction des inconnus qui ne veulent pas me baiser.

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La beauté, pour moi, est un ensemble de facteurs. La tête, le corps et le cœur des gens. On a tous des attirances qui ne s’expliquent pas et c’est ce que je trouve fabuleux. D’assumer qui on est et qui on aime est parfois un exercice difficile, mais ô combien libérateur.

Les gens que je trouve les plus beaux sont les gens qui assument leurs corps et leurs vulnérabilités. Les imparfaits qui avancent sans toujours se critiquer et critiquer les autres. Ceux qui essaient de s’aimer plus fort. Les gens qui s’en balancent des standards et qui décident d’exister pour eux et pas pour plaire aux autres.

Et je trouve que c’est entouré de ces gens-là que l’on peut réellement cheminer vers un mieux-être. Où on est défini par autre chose que par ce à quoi on ressemble.

J’ai longtemps été en attente de validation que je valais la peine d’exister avec mon corps, et le jour où j’en ai reçu assez, j’ai pris conscience que j’étais tellement plus que ça, qu’une femme c’est beaucoup plus qu’être « belle ». Et maintenant, j’essaie d’avancer en me détachant de ce que les autres pensent de moi.

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Mon prochain défi sera donc d’assumer qui je suis, in and out. De ne pas avoir peur de prendre position, de défendre mes valeurs, d’arrêter d’accepter que mon émotivité et ma féminité discréditent ma pensée, mon discours. Être plus forte, être forte pour les autres qui n’arrivent pas encore à s’aimer comme il le faudrait.

J’ai voulu participer à ce projet un peu en continuité avec mon travail personnel. À force de montrer des corps atypiques, il y a une certaine banalisation autour de la différence. À force de revendiquer notre droit à exister, la société finira bien par nous faire une place où l’on n’est pas constamment jugé.

La séance m’a permis de confirmer que je l’aime, mon corps, et que je me trouve belle. Dans les yeux bienveillants de quelqu’un qui ne juge pas, je suis face à ce que je ressens deep down dans mon cœur et c’est beaucoup d’amour.


Project created by Sara Hini & Cassandra Cacheiro

Photography: Cassandra Cacheiro

Creative Direction: Sara Hini