THE WOMANHOOD PROJECT: Karine

Through a series of interviews and portraits WOMANHOOD explores different aspects and complex issues related to womanhood with a more intimate view.    More about the project here.

 

 J’ai développé plusieurs complexes de masculinité envers mon corps. Dans ces moments, je peine à me dire à haute voix “Je suis belle, je suis magnifique, je m’aime”.

NOM: Karine

ÂGE:  22 ans

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Regardez le reflet de mon corps à travers la lentille, je regarde le reflet de mon cœur à travers vos pupilles.

J’ai grandi avec moi même, toujours très présente, très lucide malgré les clés qui me manquaient pour déverrouiller les zones brumeuses de mon identité. Mon environnement a toujours su mettre en face de moi les portes les plus difficiles à ouvrir. La porte qui m’as donné le plus de mal était celle qui me permettait de me reconnaître. Dans le reflet des voitures, des miroirs, des vitrines de boutique la nuit, sur les clichés où j’apparais. Je reconnaissais mon esprit et ma présence, mais mon corps me semblait complètement inconnu depuis si longtemps. Je m’y suis adapté, j’ai appris à le connaître, j’ai appris à vivre avec moi même, j’ai appris à avoir confiance en moi, à me trouver belle, j’ai appris à m’aimer pour survivre dans cette vie.

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Ça n’a jamais été suffisant.

Et puis finalement, tous les éléments réunis, j’ai compris.

Je suis femme.

Mon corps, ma vie et tout ce que je connais va en contradiction avec cette affirmation.

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Le comprendre, l’assumer, le démêler quand le doute me ronge, quand mon environnement est parfois fébrile parfois hostile à mon existence. Ma solution, aujourd’hui encore, laisser mon cœur tout contrôler et mon instinct me mener. Au moment où j’ai compris que j’étais femme, sans me poser de question j’ai annoncé, j’ai transitionné, j’ai affirmé.

Mon corps me représente de plus en plus. Je m’éloigne de l’adaptation que je m’étais fait de moi même pour me rapprocher à tous les jours d’un reflet de moi même que je reconnais, que j’aime, qui me représente. Je me sens forte. Enfin. Il est toujours difficile de me reconnaître, nue, devant mon reflet. Je reconnais toujours l’adaptation que je m’étais faite de moi même. J’ai développé plusieurs complexes de masculinité envers mon corps. Dans ces moments, je peine à me dire à haute voix “Je suis belle, je suis magnifique, je m’aime”. Dans ces moments, c’est mon cœur qui prend le relai. Il me rappelle à quel point je m’aime, à quel point je suis magnifique, à quel point je suis belle. Sans cette volonté de fer et cette confiance que j’ai dû acquérir en ouvrant les portes les plus difficiles à ouvrir au cours de ma vie, je n’y arriverais pas.

Je n’ai pas de doute.

Je suis femme.

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Project created by Sara Hini & Cassandra Cacheiro

Photography: Cassandra Cacheiro

Creative Direction: Sara Hini