THE WOMANHOOD PROJECT: Favielle

Through a series of interviews and portraits WOMANHOOD explores different aspects and complex issues related to womanhood with a more intimate view.    More about the project here.

 

 I remember that I had always wanted a long pointy nose. I always had a complex about mine and never knew why. I remember looking at other people’s profile and judging their nose… I realize now that I had internalized eurocentric beauty standards.

 

NOM: Favielle

ÂGE:  20 ans

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Être femme

Je me considère une femme non pas parce que ma couleur préférée est le rose, ou parce que j’ai des seins et un vagin, mais par rapport à ma connexion aux femmes. L’énergie d’une personne qui se considère femme ou féminine c’est  libérateur, uplifting et empowering et ça me connecte avec mon moi intérieur. Mes amies sont mes amours et mes âmes sœurs sont des femmes, rien de romantique. Mais nos âmes sont en symbioses lorsque l’on devient de vraies amies. Être entourée de femmes est mon safe space.

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Être noire

I remember that I had always wanted a long pointy nose. I always had a complex about mine and never knew why. I remember looking at other people’s profile and judging their nose… I realize now that I had internalized eurocentric beauty standards. I perceived ugly noses as black round noses and beautiful noses as small caucasian noses. That’s the power of internalized racism. For me it’s important to learn about sexism and racism, it’s important to know why I’m so uncomfortable sometimes.  It helps me heal. Also, having black friends (which some are alternative black women) helps me feel comfortable and accepted.

Être séduisante

Vouloir être belle a depuis longtemps été une grande préoccupation pour moi. Je pensais que si tout le monde me trouvait belle, alors je le serais. Alors je me suis mise à moins manger et à suivre les dernières tendances. Éventuellement, je me suis rebellé contre cette personne que j’avais créée et me voilà. Mes ami(e)s m’ont supporté alors que je devenais une fille noire alternative. Mes parents me trouvaient et me trouvent encore laide et c’est à ce moment que je me suis questionné sur la question de la beauté. Certes quand je sors dehors, ce sont mes amies qui se font catcall, pas moi. Longtemps j’ai cru que le catcalling définissait ma féminité alors j’étais mal. Mais je me suis rendue compte que j’avais la chance d’avoir mieux encore: des commentaires sincères. Je ne me fie plus sur eux comme avant, dans le sens où je n’ai pas besoin de compliments, mais ça fait toujours plaisir de savoir qu’on est aimé. Depuis que je ne suis plus cette imitation de quelqu’un d’autre, je me sens vraiment bien comme une invincible bitch! S’aimer alors que l’on sait qu’on n’est pas un modèle de beauté conventionnelle est un acte de rébellion contre l’esthétisme établi.

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Être complexée

Quand l’on perd tous ses repères, il est facile de s’attaquer à ce qui est devant nos yeux. Trop curvy pour être une tomboy et pas assez sexy pour être belle… Cette dualité entre féminité et masculinité est mon plus gros problème. Ne pas être que femme et ne pas être un homme. Ne pas correspondre au stéréotype de beauté féminine conventionnelle, mais ne pas correspondre au modèle de la garçonne non plus. S’épiler, mais avoir des cicatrices de poils incarnés, ne pas s’épiler et avoir peur de lever les bras. Être attirée par les hommes tout en «ressemblant à un homme.» Les complexes ne se contrôlent pas. Il suffit que quelqu’un ou quelque chose sème une graine de doute dans votre esprits et boom! On est la personne que l’on déteste le plus. Ne pas voir plus de femmes comme moi et ne pas avoir le support émotionnel de mes parents a beaucoup affecté mon développement personnel. Encore aujourd’hui, je pleure juste à me rappeler à quel point j’étais triste et désorientée dans ce temps-là. J’ai toujours été très secrète par rapport à mes complexes, mais je suppose que maintenant que ça va plutôt bien, c’est plus facile.

Être vue

Vouloir être normal dans son unicité. Je me suis rendue compte à quel point je vis dans une constante dualité entre passer inaperçue et être unique, être comme tout le monde et rester soi-même, attirer le regard et me perdre dans une foule. «Est-ce que tu es une fille ou un garçon?», «Est-ce que tu es lesbienne?», «Monsieur! Ah désolé…». Combien de fois j’aurais voulu que les gens ne fassent que me regarder sans se poser de question et se disent «Elle est comme elle est» ou «Elle n’a rien de choquant.»

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Être nue

Être dans ce projet et ne pas être un mannequin, je trouve ça très important. Ça redéfinit les standards de beauté, augmente la visibilité de personne considérée comme «pas photogénique» et la représentation des personnes en marge. C’est aussi une façon de dire que mon corps imparfait existe, est pertinent, aimé et apprécié. Poser nue est très libérateur, c’est une forme de thérapie non pas où je scrute mes défauts, mais où je peux objectivement voir à quel point je suis vivante. Je veux être capable de me regarder nue dans un miroir, être douce envers moi-même et toujours savoir que je m’appartiens et que personne d’autre ne possède mon corps et mes pensées.

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Project created by Sara Hini & Cassandra Cacheiro

Photography: Cassandra Cacheiro

Creative Direction: Sara Hini